Au début du XXᵉ siècle, Banaba renfermait d'immenses gisements de phosphate, un minerai très recherché pour fabriquer des engrais. Pendant des décennies, l'île fut exploitée intensivement par les Britanniques, au point d'être presque entièrement défigurée. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les autorités coloniales décidèrent de relocaliser la population sur l'île de Rabi, aux Fidji, achetée quelques années plus tôt à cet effet. Depuis 1945, les Banabans vivent ici, tout en conservant une identité très forte, leurs traditions et leur attachement à leur île d'origine.
Leur culture possède encore de nombreux rites de passage. L'un des plus importants célèbre l'arrivée des premières règles chez les jeunes filles, marquant officiellement leur entrée dans la vie adulte. Cette transmission des traditions fait partie intégrante de leur identité et contribue à préserver leur héritage malgré l'exil.
Nous arrivions à Rabi avec un rêve bien précis : observer les raies manta. Au sud-ouest de l'île se trouve une station de nettoyage où elles viennent régulièrement se faire débarrasser de leurs parasites par de petits poissons.
Le mouillage abrité étant assez éloigné, Andrew eut une idée : tenter notre chance directement depuis le bateau. Me voilà donc installée dans le dinghy, équipée de mes palmes, masque, tuba… et bien sûr de ma GoPro. Dans les zones les moins profondes, je passais la tête sous l'eau pour essayer de repérer les mantas. Le plan était simple : dès que j'en apercevais une, je sautais à l'eau tandis qu'Andrew laissait dériver le bateau avant de venir me récupérer.
Malheureusement, la mer était tellement agitée que nous n'avons rien vu. C'est peut-être aussi bien car le plan me paraissait un peu osé mais ça aurait fait un bon exercice de femme à la mer 😨
Nous avons finalement trouvé refuge dans un minuscule trou d'eau au milieu des récifs, suffisamment proche du site.
Comme toujours, nous sommes allés découvrir l'île. À notre arrivée, l'école primaire venait tout juste de fermer à cause d'un feu de brousse. Nous avons donc poursuivi notre promenade jusqu'au collège et lycée.
La première chose qui frappe est le physique des habitants. Leurs traits sont très différents de ceux des Fidjiens que nous avons rencontrés jusqu'à présent, rappelant immédiatement leurs origines micronésiennes.
Un couple d'enseignants est venu engager la conversation. D'abord un peu réservé, il nous a finalement invités à partager une tasse de thé. Très vite, la glace a été rompue et nous avons passé un long moment à échanger. Ils nous ont raconté l'histoire de leur peuple, leurs traditions et leur vie sur cette île qui est devenue leur foyer depuis plusieurs générations. Ces rencontres improvisées restent souvent les plus belles.
Le lendemain, une courte navigation de sept milles nautiques nous conduisit vers le nord de Rabi. Le vent jouait au yo-yo, oscillant entre 10 et 30 nœuds. Nous avons volontairement réduit la voilure afin de rester prudents. La mer était bien agitée et il était difficile d'imaginer qu'en approchant de la côte nous allions trouver un abri.
Pourtant, Albert Cove est un véritable petit havre de paix. C'était exactement ce qu'il nous fallait puisque les prévisions annonçaient jusqu'à 37 nœuds dans les jours suivants. Nous avons bien eu droit aux vents catabatiques descendant des collines, avec des rafales régulières autour de 25 nœuds et quelques pointes à 30, mais la baie restait parfaitement calme.
Nous avons rapidement fait connaissance avec les quelques habitants installés dans la baie. Ils viennent y récolter le coprah, cultivent le kava, qui constitue aujourd'hui leur principale source de revenus, ainsi que quelques plantes vivrières. Leurs plantations s'étendent à flanc de colline, parfois très loin de leurs habitations.
![]() |
| la noix de coco de bienvenue |
Nous avons sympathisé avec Kayer, qui nous a proposé de nous accompagner jusqu'à Smiling Bay, de l'autre côté de la péninsule.
![]() |
| sa maison |
![]() |
| la tante qui fait de l huile de coco |
En chemin, il nous a montré des lianes contenant une eau parfaitement potable. Il faut cependant bien les connaître, car certaines espèces sont toxiques.
À marée basse, il décida de rentrer par la plage. Andrew, fidèle à lui-même, en profita pour ramasser toutes sortes de trésors qui pourraient servir à de futurs bricolages : quelques tuyaux, une vieille botte, des cordages... Rien ne se perd à bord !
![]() |
| Andrew ramasse des algues pour faire de la gelée 🤢 |
La marche était longue et il fallait maintenir un bon rythme car la marée remontait rapidement. Nous nous sommes tout de même accordé une pause bien méritée autour de quelques noix de coco fraîches. Rien de mieux pour se désaltérer. Andrew s'essaya même à l'exercice local : grimper au cocotier et apprendre à ouvrir correctement les noix.
À notre retour, j'étais complètement épuisée par cette randonnée. Andrew, lui, trouva encore l'énergie de retourner à terre après le déjeuner pour apporter une portion de notre repas ainsi qu'un pot de sa marmelade à Kayer. Comme celui-ci l'apprécia énormément, les voilà partis cueillir des oranges. L'après-midi se transforma alors en véritable atelier de fabrication de marmelade.
Il nous restait encore une baie à découvrir : Dawson Bay.
Cette fois, nous ne voulions pas déranger Kayer qui travaillait. Nous sommes donc partis seuls à l'aventure. Les sentiers sont généralement faciles à suivre tant qu'ils mènent aux plantations. En revanche, une fois au milieu des cultures, retrouver le bon chemin devient une tout autre histoire.
Nous nous sommes perdus à plusieurs reprises.
On nous avait parlé d'une cascade constituant le passage le plus délicat de la randonnée. On nous avait également parlé d'une corde... En réalité, il s'agissait d'un pauvre bout de corde d'une trentaine de centimètres, totalement inutile pour descendre le long de la cascade !
Après trois heures de marche, nous avons enfin atteint Dawson Bay. Mais il fallait déjà penser au retour.
Heureusement, Benji était là. Il venait de préparer le repas pour d'autres travailleurs et nous a très gentiment invités à partager leur déjeuner. Cette pause nous redonna les forces nécessaires pour repartir, sans trop tarder, afin d'espérer rentrer avant la tombée de la nuit.
![]() |
| Il n'avait qu'une cuillère mais Andrew en a fabriqué une avec une feuille de pandamus |
Nous nous sommes encore égarés plusieurs fois. Cette fois-ci, c'est l'application Polarsteps qui nous a sauvés en nous permettant de suivre notre propre trace. Nous sommes finalement revenus au bateau juste avant la nuit.
Nous n'étions que trois voiliers dans la baie. Un soir, nous avons décidé d'organiser un grand barbecue avec les habitants.
Andrew avait préparé de la pâte à pain que nous avons cuite dans un lovo, le traditionnel four fidjien creusé dans la terre et chauffé avec des pierres brûlantes. Le pain fut dégusté avec la marmelade d'oranges préparée le matin même.
De mon côté, j'avais confectionné des bananes cuites accompagnées de custard. À ma grande surprise, ce dessert remporta un franc succès.
Bien sûr, la soirée ne pouvait se terminer autrement qu'autour d'un bol de kava, partagé dans la bonne humeur. Une soirée simple, chaleureuse et authentique, comme nous les aimons.
Nous avons finalement passé quatre journées particulièrement agréables à Albert Cove. Je continuais mes baignades matinales quotidiennes. L'eau oscillait entre 24 et 25 °C, c'est encore acceptable, même si les puissantes rafales rendaient la sortie de l'eau nettement plus fraîche.
Rabi restera pour nous bien plus qu'une escale. Nous n'y avons pas rencontré les mantas que nous espérions tant observer, mais nous y avons découvert un peuple au destin singulier, fier de ses racines, généreux dans son accueil et profondément attachant. Au final, ce sont souvent les rencontres humaines qui donnent toute leur richesse à un voyage.













































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Nhésitez pas à me laisser un commentaire.
J'écris ce blog pour partager avec vous mes aventures, donc un petit mot en retour me fera grand plaisir.
Si vous ne voulez pas vous inscrire, enregistrez votre commentaire en tant qu'anonyme et signez pour que je sache qui c'est.