Les vents catabatiques continuaient de souffler entre 25 et 30 nœuds dans notre beau mouillage.
Nous avions déjà fait le tour des balades autour de la baie, et ce n'étaient certainement pas les 30 nœuds annoncés qui allaient empêcher Andrew de partir. Comme il le dit souvent : « C'est un voilier, c'est fait pour naviguer quand il y a du vent ! »
Nous avons donc levé l'ancre à 11 heures. Trop tard, comme d'habitude… Mais, d'un autre côté, la décision avait été prise le matin même et Andrew avait dû faire quelques bricolages sur le moteur.
Notre objectif était de contourner Vanua Levu par le nord. Ce n'est pas un itinéraire classique. Peu de navigateurs l'empruntent, ce qui est probablement une des raisons pour lesquelles Andrew avait envie de le faire.
J'ai beaucoup aimé cette navigation, même si la mer était très agitée. Le pilote automatique était toujours en panne, malgré tous les soins qu'Andrew lui avait apportés la veille. J'ai donc joué pleinement mon rôle d'équipière et j'ai barré pendant les six heures de navigation.
Pendant ce temps, Andrew ne chômait pas. Il passait son temps à hisser, réduire et régler les voiles afin de gagner le moindre nœud et d'arriver avant la nuit. Il allait même régulièrement à l'avant, près du mât, sans harnais malgré les 30 nœuds de vent… Pas vraiment raisonnable, mais il est comme ça. C'est son bateau et sa façon de vivre. J'ai bien tenté de lui suggérer de s'attacher, mais ma remarque est tombée à l'eau… Heureusement que ce n'est pas lui !
Nous avions un vent établi à 25 nœuds avec des rafales dépassant parfois les 30. Pendant près de quatre heures, nous avons navigué au près et je me suis régalée à la barre. C'était extrêmement physique ! Il fallait mobiliser tous les muscles pour lutter contre les éléments qui rendaient la barre particulièrement dure.
Après avoir contourné la pointe de l'île, nous sommes passés vent arrière et la barre est devenue beaucoup plus facile
Une magnifique journée de voile, comme nous les aimons ! Je crois avoir passé avec succès le test de la coéquipière. Je ne vois vraiment pas comment Andrew aurait pu gérer cette navigation en solitaire sans pilote automatique.
Comme nous étions partis trop tard, il nous aurait encore fallu une heure de navigation supplémentaire pour atteindre notre destination avant la nuit. Nous avons donc décidé de nous arrêter dans une petite baie qui n'était indiquée comme mouillage sur aucune des applications de navigation.
L'entrée n'était pas évidente : un passage étroit, 25 nœuds de vent, du courant… Mieux valait rester concentrés et surtout ne pas arriver de nuit pour éviter les récifs. Il n'y avait personne aux alentours, aucun signe de village.
Le lendemain matin, au réveil, nous apercevons pourtant quelqu'un debout sur un ancien ponton presque entièrement détruit. En regardant Google Maps en mode satellite, nous distinguons ce qui pourrait être un petit village caché derrière la végétation.
Nous décidons de débarquer, pensant y passer une petite heure avant de reprendre notre route.
En réalité, la personne qui nous attend est le fils du second du village. Son père l'avait envoyé nous accueillir… et il patientait depuis six heures du matin, soit déjà trois heures !
Nous sommes reçus comme des rois. Aucun voilier ne s'était arrêté ici depuis trois ans !
Nous faisons le sevusevu avec le chef du village, qui est le frère de notre hôte Ilina. C'est d'ailleurs lui qui deviendra le prochain chef. L'actuel chef est très âgé et en mauvaise santé. Il préside la cérémonie assis sur son déambulateur, une image qui nous touche beaucoup.
Nous sommes ensuite invités à prendre le thé chez Ilina, accompagné de petits pains tout juste sortis du four, préparés par sa femme Sina. Il n'y a rien à mettre dessus, ni confiture, ni beurre mais c'est déjà un véritable luxe pour eux. Je réalise à quel point nous avons développé des habitudes de confort que nous considérons comme normales.
Nous n'avions pas réalisé que nous étions dimanche. Or, ici, le dimanche est consacré à la messe. Il est meme interdit de nager de randonner et les enfants ne sont pas sensés jouer !
Sina décide de nous rendre présentables. Apres m'avoir prêté une robe, elle me donne sa trousse de maquillage, insiste pour que je mette du gel dans mes cheveux, du rouge à lèvres et même du parfum !
Quant à Andrew, elle tient absolument à ce qu'il passe un coup de peigne dans ses cheveux… ce qui, je crois, ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps !
Nous sommes tout beau
La messe dure… deux heures !
Mais les chants sont magnifiques et l'ambiance est très chaleureuse.
À la fin de l'office, le pasteur nous invite à partager le repas communautaire. Ce repas n'a lieu qu'un dimanche par mois… et, sans le savoir, nous étions arrivés précisément le bon jour. Quelle chance !
Le petit magasin à ouvert et j'ai offert une glace maison à tous les enfants
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| Nous leur avons apporté des cabosses de cacao. Ils mangent l'enveloppe blanche autour des fèves |
Le village est tellement isolé que la route ne va pas jusque-là. Les enfants rejoignent l'école en bateau. Leur anglais est encore limité, ce qui rend les conversations parfois compliquées. Ils ont aussi cette adorable habitude de répondre "yes" à presque toutes les questions, même lorsqu'ils n'ont pas compris.
Après un moment de repos, pendant lequel Andrew discute avec les enfants du village, nous retournons au bateau.
En fin d'après-midi, Andrew souhaite retourner au village pour offrir du matériel de pêche dont ils avaient besoin… et bien sûr partager un peu de kava.
J'étais fatiguée et j'ai hésité. J'avais déjà pris beaucoup de retard dans l'écriture du blog. Puis je me suis dit qu'il fallait profiter de toutes les expériences qui s'offrent à nous. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve.
Finalement, nous n'étions que quatre autour du grand bol de kava. Une fois le premier terminé, Ilina en prépare un second alors qu'ils ne sont plus que deux à en boire. Andrew commence sérieusement à saturer, mais Sina nous rassure en riant : son mari, lui, boit cette quantité tous les soirs !
Quelle journée extraordinaire !
Une succession de décisions prises au dernier moment, un mouillage improvisé, un village oublié, des rencontres d'une incroyable générosité…
Merci à notre bonne étoile de nous avoir conduits jusqu'ici.


















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