Et ce jour-là, Éole avait décidé de nous abandonner. La navigation fut donc plutôt laborieuse, notre bateau avançant mollement sur une mer à peine ridée. Pas vraiment l’aventure dont nous rêvions !
Kia compte trois villages, mais tous les enfants de l’île se retrouvent dans celui où se trouve l’école. Ici, pas de route, pas de voiture ni de bus scolaire : les enfants arrivent par bateau, pour rejoindre leur classe.
Dès notre arrivée, nous avons été frappés par l’ambiance du village. Tout semblait paisible, presque hors du temps. La quinzaine de maisons était dispersée autour de quelques chemins de terre, et la vie s’organisait entièrement autour de la mer.
Comme souvent dans les îles fidjiennes, les rencontres furent finalement aussi intéressantes que le paysage. Derrière ce petit village isolé se cache une véritable communauté, organisée autour de l’école, des bateaux et de cette mer qui est à la fois leur route, leur garde-manger et leur horizon.
Dès notre arrivée, plusieurs dizaines d’enfants se sont précipités vers nous pour nous accueillir et nous aider à débarquer. L’un d’eux, le petit-fils du chef, nous a ensuite conduits auprès de son grand-père pour le traditionnel sevusevu, la cérémonie d’accueil.
Nous sommes le premier bateau à venir ici depuis près d’un an, et leur joie de nous voir est manifeste. Les enfants sont incroyablement affectueux et ne nous quittent plus. Je commence alors la distribution des petits cadeaux que j’avais apportés : bijoux de pacotille, ballons et bonbons. Autant dire que le succès est immédiat !
Le chef, qui est d’ailleurs plus jeune que moi, nous annonce avec un grand sourire que son petit-fils nous servira de guide… car lui, il trouve que c’est trop dur !
Nous allons vite comprendre pourquoi.
Sans notre petit guide, nous n’aurions probablement jamais trouvé le chemin. Et pour cause : il n’y en a pas !
Nous nous lançons dans une véritable expédition à travers la végétation. Par endroits, il faut escalader, ailleurs se frayer un passage entre les branches ou avancer en essayant de ne pas glisser. Plusieurs enfants nous accompagnent et la grimpette se transforme rapidement en joyeuse partie de rigolade.
Au début, je me laisse volontiers prendre au jeu et accepte leurs petites mains pour m’aider à grimper. Mais lorsque la pente devient vraiment raide, je préfère assurer moi-même mes prises. Hors de question de risquer d’entraîner un enfant dans ma chute !
Eux, en revanche, grimpent comme des cabris, sans la moindre hésitation, et semblent s’amuser énormément de nous voir lutter dans cette jungle.
Le canon est finalement là-haut, mais ce n’est pas vraiment lui qui m’intéresse le plus. La récompense est surtout la vue magnifique qui s’ouvre sur l’île et le lagon.
Et nous allons être doublement récompensés : depuis le sommet, nous apercevons deux baleines au large !
L’après-midi, les enfants décident qu’ils veulent visiter notre bateau. Ils n’ont d’ailleurs pas attendu que nous allions les chercher : pendant que nous faisions une petite sieste, ils se sont fait déposer directement à bord !
Pour eux, monter sur un bateau comme le nôtre est une véritable découverte. Ils observent tout avec de grands yeux, touchent à tout et semblent fascinés par ce nouvel univers.
Nous leur préparons du pop-corn. Ils adorent. Mais lorsqu’ils découvrent qu’on peut mettre du miel dessus, c’est carrément l’enthousiasme général !
Ils ont ensuite très envie de se baigner depuis le bateau, mais aucun n’ose sauter à l’eau. Il suffit qu’Andrew leur montre l’exemple pour que, soudain, ce soit l’euphorie ! Les voilà tous dans l’eau.
Nous partons ensuite faire un petit snorkeling. Les coraux sont magnifiques et, cette fois encore, les enfants nous accompagnent. Pour certains, c’est la toute première fois qu’ils mettent un masque et découvrent les fonds sous-marins.
Leurs yeux s’agrandissent de surprise lorsqu’ils comprennent qu’ils peuvent voir sous l’eau, plus clairement qu'en ouvrant les yeux sous l'eau. Pour eux, c’est une véritable découverte !
Puis les enfants donnent quelques appâts à Andrew. Celui ci commence par en faire cuire pour les manger. Il est fou ! Nous n'avons aucune idée depuis quand ils ont été pêchés 🤮🤢 ?? Puis, au coucher du soleil, les voilà partis à la pêche. Ils rentreront bredouille mais Andrew est impressioné par leur agilité !
En raccompagnant les enfants au village, nous sommes invités à partager le dîner avec le chef et sa famille.
Quelle journée !
J'ai fait un petit montage pour résumer la journée:
Une journée comme on les aime, faite de rencontres, de découvertes et de petits moments simples , de beaucoup de joie mais aussi beaucoup de bruit et donc bien fatiguante 😉
Dimanche… et départ précipité !
Le lendemain est dimanche. Et, pour être honnêtes, nous ne nous sentons pas vraiment capables d’endurer encore deux heures de messe !
Mais surtout, le dimanche est un jour très particulier ici. La tradition veut que l’on ne travaille pas, que l’on ne joue pas, que l’on ne nage pas, que l’on ne marche pas et que l’on ne pêche pas et peut être plus encore ... 🤪😊 ???
Nous décidons donc de lever l’ancre, au grand regret du chef. Il aurait pourtant bien aimé qu’Andrew lui donne un petit coup de main pour réparer son panneau solaire.
Le problème, en plus du manque de temps, c’est que le gouvernement fidjien a instauré une amende de 4 000 € 😱 pour les plaisanciers qui effectuent des réparations dans les villages, alors qu’elles sont faites gratuitement. L’argument est que cela enlèverait du travail aux habitants.
Nous avons pourtant rencontré plusieurs villages où les habitants attendent désespérément qu'un technicien vienne les dépanner. Certains attendent depuis plus de six mois, et parfois même depuis un an !
Difficile de ne pas trouver cela un peu paradoxal…
Nous quittons donc Kia avec un petit pincement au cœur, après cette parenthèse hors du temps et cette incroyable journée passée avec les enfants.





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