La météo annonçait des vents costauds. Il fallait donc aller se mettre à l’abri. Plutôt que de descendre rapidement vers le sud, où les vents seraient moins forts, Andrew a choisi Namatay Bay, une baie au sud de Yasawa-i-Rara. Le plan était simple : se mettre à l’abri… et accepter d’y rester au moins trois jours.
Heureusement, nous avons pu aller à terre tous les jours. Bon, il fallait parfois se faire copieusement mouiller en chemin, mais l’inconvénient est finalement assez temporaire : aux Fidji, les vêtements sèchent à une vitesse qui ferait pâlir un sèche-linge.
Un chemin ! Quel luxe !
Le premier jour, nous rencontrons un pêcheur sur sa planche qui nous indique qu’un chemin mène à son village, situé dans la baie voisine.
Un chemin ! Quel luxe !
Et pas n’importe lequel : il serpente entre les cocotiers, puis s’enfonce dans la forêt. En vingt minutes, nous voilà au village.
Qui dit village dit évidemment sevusevu. Nous revenons donc le lendemain avec nos racines de kava sous le bras.
La cérémonie est sympathique. Le chef étant actuellement sur la grande île, Viti Levu, c’est son second qui nous reçoit. Un homme qui partage apparemment sa vie entre le village, Viti Levu et Sydney. Une sorte de navette Fidji-Australie, version traditionnelle !
Le village est plutôt riche car il possède les fameuses grottes sous-marines, une attraction touristique importante. Beaucoup d’habitants sont donc partis vivre sur l’île principale, ce qui explique que de nombreuses maisons soient fermées.
40 nœuds : ambiance sonore garantie
Le deuxième jour, les choses deviennent un peu plus sportives avec des rafales jusqu’à 40 nœuds.
Depuis le fond de ma cabine, j’entends les hurlements du vent, accompagnés de toute une symphonie de bruits divers : les bouts qui cognent contre le mât, l’ancre qui tire, le bateau qui travaille…
Je me demande un instant si je devrais avoir peur.
Puis je regarde Andrew.
Andrew est serein.
Donc, conformément à ma méthode scientifique personnelle, j’en conclus que je n’ai aucune raison de m’inquiéter.
L’ancrage tient bon, tout est bien amarré sur le pont : tout va bien.
Enfin… jusqu’au soir.
L’annexe fait sa vie
Avant d’aller se coucher, Andrew sort pour essayer d’arrêter un cliquetis particulièrement agaçant.
Et là, il m’appelle à l’aide.
Le dinghy, avec le moteur hors-bord dessus, s’est retourné. Le moteur patauge dans l’eau de mer depuis… on ne sait pas combien de temps.
Andrew plonge immédiatement pour récupérer ce qu’il peut sous l’annexe, mais surtout la nourrice, qui ne tient plus que par son tuyau d’alimentation en essence.
Autant dire qu’elle n’aurait probablement pas passé la nuit.
Heureusement, qu' Andrew a eu la bonne idée de sortir vérifier ce fameux cliquetis !
Il faut maintenant retourner l’annexe, ce qui n’est pas une mince affaire avec le poids du moteur. Mais là encore, Andrew m’impressionne par son inventivité : en quelques secondes, il attache des bouts dans tous les sens, autour de l’annexe, et transforme notre pont en atelier de matelotage improvisé.
Nous utilisons ensuite le winch pour retourner le dinghy.
Opération « sauvetage du hors-bord »
Comme vous pouvez l’imaginer, un moteur hors-bord n’apprécie que très modérément les bains prolongés dans l’eau de mer.
Il faut donc agir vite.
Andrew se lance dans le rinçage, le démontage des bougies, du carburateur et de tout un tas de choses dont j’ignore totalement le nom.
Moi, je l’assiste du mieux que je peux, principalement en maintenant le moteur à la verticale
Vers minuit, miracle : Andrew réussit à redémarrer le moteur !
Nous pouvons enfin aller nous coucher, en décidant que le dinghybien attaché, désormais complètement vide, pouvait vivre sa vie comme il l’entendait.
Après toutes ces acrobaties nocturnes, avec un vent qui nous empêchait presque de tenir debout, nous étions quelque peu… comment dire… achevés.
Le bilan, finalement, n’est pas si catastrophique :
un seau perdu ;
nos chaussures que nous avions eu la bonne idée de descendre;
les rames toujours là ;
l’ancre toujours là ;
et surtout, le moteur sauvé.
On s’en sort plutôt bien.
Le lendemain : deuxième épisode
Le lendemain matin, évidemment, le dinghy est à nouveau à l’envers.
Mais cette fois, sans le moteur, c’est beaucoup plus facile à retourner.
Je me dévoue donc pour aller dans l’eau.
Petite vidéo à l’appui : je vous montre comment je sors de l’eau tous les matins à la force de mes bras, plutôt que de mettre l’échelle dans l’eau
.
Un jour, j’ai plongé pour me rincer les cheveux que je venais de shampouiner, oubliant que je n'avais pas mes palmes.
Sans mes palmes, impossible de remonter !
Comme quoi, même après 150 plongées, on peut encore découvrir qu’un détail aussi insignifiant que ne plus avoir de palmes peut soudain devenir un problème majeur.
Flashback de mouillage
Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que notre annexe nous jouait des tours. Lors d’un mouillage précédent, nous n’avions pas suffisamment remonté le dinghy et il a été quelque peu malmené par les rouleaux qui déferlaient sur la plage à marée haute. Nous avons eu une des roues arrachée et perdu une rame. Andrew, fidèle à lui-même, a profité d’un peu de temps libre pour en refaire une : comme quoi une planche à découper peut avoir différentes fonctions.
Dommage qu’elle n’ait pas été un peu plus grande, mais encore bravo à mon skipper Mc Gyver !
Un petit air d’Afrique
Pour nous remettre de nos émotions, nous partons faire une grande promenade sur la plage.
Et, bien sûr, nous sommes tentés de grimper un peu à l’intérieur de l’île.
Pas de montagne ici, mais quelques mètres de hauteur suffisent pour découvrir de magnifiques couleurs sur la mer.
Les herbes jaunies par la sécheresse me rappellent l’Afrique.
Nous voilà donc plongés dans un décor complètement inattendu : Out of Africa… version Fidji !
Le contraste est grandiose : le bleu intense de la mer, les cocotiers, la végétation sèche et cette lumière presque africaine.
J’en profite pour tester mon équilibre en grimpant aux cocotiers.
Alors, qu’en pensez-vous ?
Avec les rafales de 40 nœuds, évidemment, c’était complètement inenvisageable.
Mais avec l’IA…
On peut apparemment faire des miracles ! 😄

























































